Les critiques de Cathy M et godspeed
Des critiques de ce qu'on veut, faites comme on le veut... :)


4.5.04  

Les gens s'en vont, les écrits restent...

Cette page n'a pas été actualisée depuis un certain temps. Elle ne le sera vraisemblablement plus... Le 24 avril dernier, Cathy/Claire nous a quittés. Trop tôt. Forcément trop tôt. La connaître, c'était l'aimer. Tous ceux à qui elle manque terriblement depuis le confirmeront... Je ne pourrais même pas vous dire à quel point…
Cette page, c'était avant tout la sienne. On peut y lire en filigrane quelle femme exceptionnelle elle était, battante, joyeuse, attachante, aimant la vie et essayant sans cesse de la prendre du bon côté. C'est aussi pour sa mémoire que ce blog restera en l'état, il ne bougera plus, n’évoluera plus mais on pourra toujours y retrouver un peu d'elle, de son esprit vif, drôle, curieux et aiguisé.
Elle aurait voulu que je continue sans elle, malgré tout, mais il est encore un peu tôt pour ça. Les mots ont du mal à revenir à la surface. Alors je vais m'évaporer quelque temps. Mais je reviendrais ici ou ailleurs, tôt ou tard, sous une forme ou une autre, ne serait-ce pour que la leçon de vie qu'elle m'a donné serve à quelque chose : "Your spirit lives as you have spread the seed of love..."
Je t'aime, mon coeur. Soit heureuse où que tu sois…


"A mon ami d'en haut, on se reparlera bientôt..."
Il n'avait rien à voir avec cette page mais c'était mon ami alors j'en parlerai quand même. Lors de cette même semaine pénible d'avril, Renald est parti lui aussi. Puisqu'il était l'un de mes meilleurs amis, nos points communs, nos goûts si proches et nos discussions futiles ont certainement nourris quelques unes de mes phrases, alors il méritait bien quelques mots. Mais s'il n'a pas su exprimer davantage sa tristesse, c'est aussi parce que les mots sont vains alors je n'irai pas plus loin. J'espère que la vie est plus belle pour toi maintenant, mon ami. Salue Kubrick de ma part.


A Claire.
Et à Renald.
Vous allez me manquer.
Enormément…

posted by godspeed | 18:14 |


15.4.04  

Kensington Square de Vincent Delerm



"Celles qui ont vu trois fois Rain Man
Celles qui ont pleuré Balavoine
Celles qui faisaient des exposés
Sur l'aparteid et sur le Che"


Moi, je suis de 70, pas 73, donc j'avais plus de 30 ans en 2003 quand cette chanson a été écrite (Les filles de 1973 ont trente ans) mais tout de même, ça rappelle des souvenirs, cette chanson d'ouverture. Parce qu'après tout, moi aussi, je faisais des bracelets brésiliens au lycée (c'est une copine qui m'avait appris) et je portais des bandanas et des baskets (pas Reebok, Adidas, des Stan Smith).

Je l'attendais au tournant, le nouveau Vincent Delerm, après son premier album du même nom mais Kensington Square montre qu'il a su se renouveler. Un disque varié, des arrangements plus travaillés que sur le premier (cordes, clavecin, trompette, cor, synthé, mandoline, tubular bells, ...).
Dans les textes, on reconnaît toujours la verve Delerm, mais musicalement, on trouve des choses plus différentes. Ainsi, 4ème de couverture et sa musique rétro, le Baiser Modiano plutôt lente, Natation Synchronisée avec sa mandoline et sa trompette qui ferait presque mariachis, Evreux, son resto vietnamien et sa trompette qui accompagne un piano lent, piano qui est également le seul instrument de La Gare de Milan, chanson qui se termine avec un générique de fin dit par Mathieu Amalric. On trouve aussi sur l'album, un peu plus long que le premier (40'), Veruca Salt et Franck Black, trio de Delerm, Dominique A. et Keren Ann (et force est de constater que Delerm a fait des progrès question chant car il est un cran au-dessus de ses acolytes), la chanson-titre de l'album, qui parle judicieusement ... de Londres, Anita Petersen, la norvégienne assise à côté de lui lors d'un banquet de mariage ("existe-t-il sur votre sol / un genre de compagnie créole ?"), et Deutsch Gramophon avec Irène Jacob ("elle maîtrise Telleman / plus que François Feldman, elle maîtrise Furtwangler / plus que Jean-Pierre Mader"), Irène qui chantait déjà sur Cosmopolitan.

Bien sûr, certains l'accuseront de "name dropping"(8 noms, et de gens totalement inconnus, qui plus est, dans les filles de 1973 ont trente ans tout de même), name dropping qu'il pratique d'ailleurs plus que sur son premier disque, mais c'est une partie du charme de celui-ci. Il utilise toujours la césure de ses vers pour jouer avec les rimes :
"celles qui ont porté les baskets / Reebok de Rosanna Arquette", "celles qui fabriquaient des bracelets / brésiliens pendant l'heure d'anglais", "je ne vous connais / pas, je vous frôle", "finalement je préf / ère me rabattre / sur la NFR / de 54".

Le livret est joli : plan de Londres autour de Kensington Square, calques rouge ou transparent sur lesquels sont écrites les paroles et derrière lesquels transparaît une page avec des gouttes d'eau, photos noir et blanc de l'artiste.

Mais Delerm, ça ne plait pas à tout le monde, comme en témoigne l'avis de Môssieur Philippe Manoeuvre dans Epok :
"Vincent Delerm, c'est ce qu'il y a de pire, c'est l'abomination ultime avec Sanseverino, Benabar et Biolay (qui, lui, dit juste à côté dans le même journal, qu'il aime beaucoup). Ca pue le népotisme à plein nez. C'est l'école de la fausse qualité érigée par les Inrocks (qui, bizarrement, ont fait une couv' fin mars sur Delerm) à destination des bobos qui n'aiment pas la musique, mais qui trouvent là un sujet de discussion pour leurs dîners en ville. Ne croyez pas que je fasse de l'anti-français, j'adore écouter un garçon comme M qui, lui, travaille sur la pop de manière originale. Tout le monde a l'air d'apprécier Delerm, mais c'est normal, c'est sans odeur, sans saveur, on ne peut pas le détester. Moi, je trouve ça à chier."
Et moi, Philippe (tu permets que je t'appelle Philippe ?), c'est ton journal que je trouve à chier. Allez, sans rancune.

posted by Cathy | 18:04 |


14.4.04  

Shara, de Naomi Kawase

Une caméra qui avance au ralenti, progressant doucement dans les méandres d’une maison, jusqu’à une cour où deux jeunes garçons nettoient leurs vêtements pleins d’encre. Tout d’un coup l’un d’eux se met à courir, l’autre le suit. Kei devant, son frère Shun derrière, imitant tous ses gestes ; la caméra les suit à la trace, à l’affût, virevoltante à travers les petites allées, passages et bosquets de la ville de Nara (ancienne capitale du Japon féodal). Et puis brusquement, au détour d’une ruelle, Kei disparaît, volatilisé, de manière presque surnaturelle ("enlevé par les dieux" suppose aussitôt quelqu’un…). Le vent souffle dans les arbres ; un son de cloche résonne ; Shun est maintenant seul.
Cette disparition, c’est la magnifique scène d’ouverture de Shara mais aussi sa scène primitive, inscrite en creux dans chacun de ses plans, visible par transparence dans les gestes ou l’hébétude de ses personnages. Le film se poursuit cinq ans plus tard mais cette absence demeure tangible : Shun, adolescent renfrogné et mutique, a maintenant dix-sept ans, vivant avec sa mère Reiko enceinte (Naomi Kawase elle-même) et son père Taku, qui prépare la prochaine grande fête de Basara ; en face de chez eux, la jeune Yu, une amie d’enfance de Shun, et sa mère Shouko. Tous ou presque laissent transparaître une tristesse diffuse, un mal-être moderne dont la disparition de Kei semble être la cause. Ce mystère, il ne sera jamais élucidé mais il aura une fin : un fonctionnaire viendra annoncer à Taku que Kei a été retrouvé, et qu'il faut venir avec lui pour confirmer (identifier le corps ?). L’heure est alors venue de faire son deuil en gardant dans sa mémoire une place pour Kei, faire le tri et "regarder les choses en face", comme le dit Taku, dont on sent qu’il ne cesse de ravaler ses larmes et sa douleur, de rester solide pour garder une famille unie.

Récit de la disparition d’un enfant et d’un deuil difficile, Shara n’a sans doute pas un scénario d’une originalité folle, sans rebondissements spectaculaires, minimaliste mais néanmoins ample, avançant à son rythme. Doublé d’une forme fluide et d’un regard délicat, le film en est poignant de vérité. Tel un personnage à part entière, la caméra filme un quotidien qui en dit plus par ses silences que par ses rares paroles. Maintenant une ambiance cotonneuse et flottante, imprimant de la durée dans les trajets ou les actes de ses personnages, la mise en scène contemporaine et fantomatique n’est pas sans rappeler celle d’Elephant, sur un mode moins théorique (Kawase avait d'ailleurs remporté la Caméra d'Or à Cannes en 1997 pour son premier film, Suzaku). Pourtant ses plans-séquences possèdent la même force, la même intensité bouleversante (la scène où Shun qui refuse la vérité sur son frère, est ceinturé par ses parents pour l’empêcher de sortir…).
Si le film observe un deuil à faire, il ne force jamais les sentiments avec un pathos déplacé. Certes, il possède son lot de micro-scènes mutiques et affectées, mais poignantes, d’une tristesse insondable, ne donnant parfois à voir qu’un Shun désemparé. Mais c’est surtout un film d’une grande simplicité, où seul compte la vie ordinaire d’une famille : où l’on s’émerveille encore de voir pousser une aubergine dans un petit potager ; où l’on révèle des secrets familiaux capitaux dans une ruelle, comme si de rien n’était, en revenant des courses ; où l’on confectionne de petites étoiles portes-bonheurs avec du coton. Le regard est compatissant, pudique, généreux, ne donnant rien d’autre à voir qu’une humanité attachante. Grâce à cela, Shara réussit à peu près tout ce qu’il tente et transcende toutes ses scènes vers un bouquet d’émotions enivrant ; que ce soit une scène de recueillement, une cérémonie funéraire ou une peinture de Kei faite par Shun, il s’agit bien de faire son deuil, apprendre enfin à vivre en paix avec un fantôme, mais c'est pourtant un souffle de vie que l’on sent, qui balaye le récit. Ou quand Taku prend le temps de faire une calligraphie à la mémoire de son fils perdu, les yeux humides, c’est l’incarnation même de la grâce qui se matérialise.



Caméra à l’épaule, gros grain, deuil et méditation, on finit par penser à un autre film japonais essentiel, le splendide Distance de Hirokazu Kore-Eda. Au-delà de la forme et du fond, Distance et Shara partagent une insolente réussite, provoquant tous deux un résonnement intime comme on en ressent rarement. Dès lors, pour peu qu’on se laisse happer et hypnotiser par le flux fascinant du film, la récompense est énorme. Pour preuve le morceau de bravoure du film, la fête de Basara avec danses de rue et musique (et qui rappelle la danse finale de Zatoichi, en plus fulgurante), scène d’anthologie et intense moment de cinéma d’une beauté incroyable ; Yu, jusqu’alors mutique et timide est alors transfigurée (bientôt rejointe par un Shun enfin libéré), à la tête des autres danseurs dans une chorégraphie exaltée qui ressemble à une transe cathartique, convoquant un retour à la vie. La pluie cataclysmique et surréaliste qui leur tombe dessus (rompant enfin avec la canicule qui les accablait) ressemble alors à une purification les lavant enfin de leur malheur.
La suite ne fera que confirmer cette résurrection progressive : une course à deux dans les ruelles de Nara qui renvoie à celle du début, sauf que celle-ci se fait main dans la main. Puis l’accouchement de Reiko, entourée de tous ses proches, tous unis dans un même souffle, scellant l’harmonie retrouvée d’une famille qui retourne à la vie. Difficile de résister devant l’image d’un Shun pétrifié par l’émotion lors de l’accouchement puis par l’apparition d’un nouveau frère qui ne remplacera pas l’autre, mais qui relance le cycle de la vie. La caméra peut alors faire le chemin inverse du premier plan du film, puis s’envoler avec légèreté dans les cieux : les fantômes sont libérés, les vivants aussi, reprenant le cours de leur vie, et le spectateur, sonné, essayera de reprendre ses esprits après un tel tourbillon d'émotions. Plus beau film de ce début d’année, un peu de la magie de Shara tient aussi au fait qu’à peine fini, on a déjà envie de le revoir.

posted by godspeed | 16:15 |


7.4.04  

La Passion du Christ (The Passion of the Christ), de Mel Gibson

Du sang, des larmes, des cris, de la douleur, de la haine et une vision manichéenne de l’humanité… voilà à quoi ressemble l’Evangile selon Saint Gibson. Porté par une polémique démesurée qui lui assure une publicité efficace (et gratuite), La Passion du Christ ne mérite même pas d’en déchaîner autant, de passions, vu sa piètre qualité, que ce soit comme œuvre cinématographique ou comme objet de culte religieux. Tout le monde l’a déjà dit, les douze dernières heures du Christ vues par Mel Gibson se résument en une série de sévices qui vont crescendo dans la violence (on a vu pire ailleurs mais celle-ci fait particulièrement mal dans sa frontalité et sa complaisance). Au programme de Jésus donc, qui ne cesse de tendre l’autre joue : trahison de Judas, passages à tabac systématiques, longue flagellation à la baguette puis au "fouet métallique" (avec de jolies gerbes de sang réalistes et des bruitages sonores ad hoc ("splosh !!")), chemin de croix interminable (pour le spectateur, où Jésus tombe lourdement (et au ralenti bien sûr) au moins 157 fois en 100 mètres pour bien insister sur sa souffrance) et pour finir la balade, crucifixion cruelle et ensanglantée (avant une minable scène finale de résurrection : on a les happy-ends que l’on mérite…). Et tout ça pour quoi ? Pour rien en gros : Mel Gibson est si sûr de ses effets tape-à-l'oeil, en rajoute tellement dans le spectacle de la violence qu’il finit par ôter tout sens à son film, toute éventuelle identification à la douleur du Christ. Sa démonstration à coups de massue (ou à coups de poings dans les tripes, c’est selon) entraîne son film vers le spectaculaire vain, sadique et fier de lui, lui ôtant tout propos, tournant à vide. Surtout que son film est dénué de toute once de subtilité ou de grâce, n'ayant pour seule ambition de cinéma que celle d'accoucher d'une Grande Figure Suppliciée…



Au milieu de ses tourments, Jésus se souvient de quelques moments de son existence ; l’occasion pour le film de dresser en flash-back une compilation peu convaincante et très superficielle de ses meilleures répliques (lors de la Cène ou ailleurs) : c’est l’un des gros problèmes du film, qui oublie complètement de mettre en valeur les enseignements de Jésus, ses sages paroles ou ses actions de foi : présenté ainsi, en laissant sa pensée ou sa doctrine dans un obscur arrière-plan, le châtiment qu'il endure manque d'impact et parait juste arbitraire : Jésus encaisse les gnons, point. L’affaire devient carrément ridicule (ou niaisement rigolote) lorsqu’il se rappelle d’une journée, près de sa mère où il construisait une table haute et que le film insinue qu’il a aussi inventé les chaises (et pourquoi pas la roue ou l’électricité pendant qu’on y est…). En fin de compte, la représentation des personnages ou des foules dans le film est très hollywoodienne, empruntant les mêmes raccourcis psychologiques (tel Ponce Pilate, pas un mauvais bougre, qui écoute les conseils de sa femme avant d’aller siéger, mais dépassé par les événements) et dialogues pompeux. On aime bien Jim Caviezel (surtout depuis son rôle inoubliable dans le chef d’œuvre de Terrence Malick (pléonasme)), La Ligne Rouge) et son investissement dans le rôle est indéniable, mais il n’a que très peu l’occasion de se mettre en valeur si ce n’est hurler de douleur et ruisseler de sang. Et dans les rôles de Marie et Marie-Madeleine, Maia Morgenstern et Monica Bellucci (au jeu toujours aussi peu subtil) sont tellement engoncées dans le registre éploré qu’elles en deviennent exaspérantes au lieu d’émouvoir… Mais ces personnages ont une place tout à fait logique dans la vision manichéenne de Gibson : d’un côté, les fidèles accablés et sages ; de l’autre, tous les autres, tous ceux qui martyrisent le Christ, ne croyant pas en lui, tous des pourris, des lâches, des salauds. Le film n’est pas antisémite comme on a pu si souvent l’entendre (la représentation des juifs est surtout à l’image du film, c'est-à-dire sans subtilité et grossière) il exècre tout bêtement le genre humain dans son ensemble, et sous couvert de pointer la folie des hommes, il ne cesse en fait de souligner l’ignominie des infidèles et des non-croyants. Ainsi les rabbins juifs qui livrent Jésus aux romains sont fourbes et manipulateurs ; les centurions romains sont sadiques, ricanants avec leurs dents pourris ; la foule est hystérique ; le roi Hérode est une folle à perruque (!?) ; Judas, immonde traître, se pend à un arbre au-dessus d’une charogne en putréfaction (on remarquera la grande finesse de la métaphore…). Et on évitera de trop s’attarder sur l’imagerie ridicule et indigente qui accompagne l’apparition de quelques diablotins ou autre ange de la mort représentant sans doute Satan (une femme au teint cadavérique et crâne rasé…).

De cette tambouille émergent parfois quelques scènes qui rappellent qu’il y avait ici matière à faire mieux de ce grand sujet : tel ici la détresse morale de Pierre qui vient de renier trois fois Jésus, ou là encore le beau personnage de l’hébreu Simon qui aide le Christ à porter sa croix. Mais tout ça se perd au milieu de cette fumisterie globalement pénible et plutôt ennuyeuse. Le fait que le film soit tourné en Araméen n’est alors qu’une sorte de caution de réalisme tout à fait artificielle puisqu’il a si peu à dire. Pour le reste on laissera aux théologiens les plus experts le soin de disserter sur toutes les inexactitudes historiques et textuelles que le film peut cumuler. Moins drôle que La Vie de Brian des Monty Python, moins (in)pertinent que La Dernière Tentation du Christ de Scorsese, La Passion du Christ n’est en fait qu’une boursouflure indigente dont l’intérêt est inversement proportionnel au tapage médiatique qu’il crée, un truc assez moche à la mise en scène lourdingue (avec abus notable de ralentis symboliques à 2€), complaisant et plutôt bête. Dieu est Amour parait-il : le film, lui, ne cesse d’exsuder la haine, au service d'une idéologie douteuse. Le comble dans cette histoire, c'est certainement que pour un film sur Jésus, tout ceci manque énormément de spiritualité...

posted by godspeed | 19:38 |


6.4.04  

Confidences trop intimes

Lui, c'est William. Il est conseiller fiscal. Elle, c'est Anna. Elle est vendeuse dans une boutique de luxe : maroquinerie, ce genre de trucs. Elle a décidé de voir un psy, mais quand elle vient pour son premier rendez-vous chez le Docteur Monnier, elle se trompe de porte et sonne chez William. Elle lui dit qu'elle a rendez-vous mais qu'elle est un peu en retard. Il la fait entrer dans son bureau, elle voit des fauteuils, un divan, pas de doute, elle est chez le psy. Il lui demande pourquoi elle vient, alors elle commence à raconter sa vie, ses problèmes de couples. Et elle se met à pleurer. Il ne sait pas comment lui dire qu'elle s'est trompée de personne. Il entre dans la conversation, et en partant, elle lui demande un autre rendez-vous. Il lui donne une date, du coup. Au bout d'un moment, elle se rend bien compte qu'il n'est pas psy, quand elle appelle le Docteur Monnier pour décaler un rendez-vous. Ce n'est pas la voix de William. Mais ce n'est pas grave, elle revient tout de même. C'est qu'elle a pris l'habitude de ces conversations avec William. Lui, il en parle au Docteur Monnier, qui n'est pas d'une grande aide malheureusement. Les non-psys sont parfois plus perspicaces que les vrais.



Je ne savais pas trop si je le verrais, le nouveau Leconte. La bande-annonce pouvait laisser penser qu'il ne serait pas trop intéressant. Et puis Leconte, il tourne trop. Un film par an depuis Ridicule tout de même. Et tout n'est pas bon chez lui. En fait, depuis La Fille sur le pont, il ne m'avait pas bouleversée, parfois même il m'avait ennuyée, et parfois je n'étais pas allée voir ses films (Rue des Plaisirs). Et puis certains amis m'en ont dit du bien, et pas forcément des fans absolus de Leconte. Alors je me suis dit que j'allais tenter. Mais à ce moment-là, comme j'avais trop tardé, ça ne passait plus dans les UGC. Heureusement que les cinés indépendants de Montparnasse l'acceptent, la carte UGC.

Et en fait, elles sont plutôt bien, ces Confidences trop intimes. Lucchini n'en fait pas des tonnes. Il se lâche juste à un moment, quand il danse seul devant sa glace sur In the Midnight Hour, de Wilson Picket (mais si, Wilson Picket, celui qui vient au concert final des Commitments). Sandrine Bonnaire est très bien aussi, et toute mimi. Michel Duchaussoy joue le psy, comme dans le catastrophique Dédales. Gilbert Melki en mari de Sandrine Bonnaire a un rôle plus secondaire (mais ça reste Gilbert Melki, et moi, je suis une inconditionnelle), ainsi qu'Anne Brochet l'ex de Lucchini, et Laurent Gamelon, le mec qui jouait dans le ridicule P.R.O.F.S. ressort de l'ombre pour quelques minutes. Question scénario et mise en scène, Leconte se contrôle et l' histoire ne tombe jamais dans le facile ou le glauque et c'est tant mieux. Finalement, il faut parfois croire les avis de ses amis. Ca ne rentrera sans doute pas dans la liste des meilleurs films que j'aurais vu en 2004 (faut voir la suite de l'année ceci dit) mais il n'en reste pas moins qu'il est très plaisant.

posted by Cathy | 18:39 |


27.3.04  

The Power Out d’Electrelane.



Girl Power !!
Les 4 filles originaires de Brighton qui forment le groupe Electrelane s’étaient révélées il y a 2 ans avec un trépidant premier album, l’obsédant Rock It To The Moon. Un disque surprenant et plein d’inventivité, principalement instrumental, avec un son déjà très personnel, à mi-chemin entre post-rock et Krautrock, saupoudré d’un orgue spectral inattendu : on avait parfois l’impression d’entendre Mogwai qui aurait acheté un clavier dans l’espoir d’imiter Can en empruntant les guitares de Sonic Youth. Le titre d’un morceau pouvait résumer l’affaire : Film Music ; une musique envoûtante et étirée, au pouvoir d’évocation indéniable et forte en émotions : la musique idéale d’un film imaginaire en somme, et un album qui malgré ses défauts se transformait rapidement en disque de chevet.

2 ans plus tard donc, après un très sympathique EP (I Want to be the President) produit par Echoboy, le groupe a enregistré son second album à Chicago, sous la houlette du réputé Steve Albini. Bonne idée puisque The Power Out comble une bonne partie des hautes espérances engendrées par le 1er album, tout en allant défricher un terrain un peu différent. Première évolution de taille, l’apparition du chant sur la quasi-totalité des morceaux alors qu’il était absent de Rock It… C’est la guitariste (et leader ?) du groupe, Verity Susman, qui pose sa voix fragile, approximative mais attachante, sur des textes au fort contenu littéraire et aux langues variées : c’est d’abord le français qui est convoqué sur le Stereolab-esque Gone Under Sea qui ouvre l’album, virevoltante ballade désenchantée. Plus loin, sur la chatoyante et énergique Oh Sombra, Susman déclame un sonnet d’un poète espagnol, Juan Boscàn. Et le groupe rend l’exploit de rendre excitant un chant en allemand : sur l’extraordinaire This Deed, l’un des morceaux les saisissants du disque, Electrelane compose un morceau ample et imposant autour d’un extrait du Gai Savoir de Nietzsche qui parle de la mort de Dieu : transcendant, au minimum.

Le reste de l’album est chanté en anglais mais Electrelane continue de jouer du rock comme dans une art-school, avec son côté cérébral et avant-gardiste jamais pompeux. Ce qui n’empêche pas du culot et de l’audace, car il en faut pour accoucher d’un morceau aussi impressionnant que The Valleys, où le chant est accompagné par un chœur grégorien, lui donnant une dimension majestueuse, surréaliste et envoûtante ; une chanson splendide qui finit donc par ressembler à une cathédrale fragile devant laquelle on se recueille, les genoux flagellants. Tout en gardant une certaine ligne proche de la musique répétitive (auquel participent beaucoup le jeu de batterie "robotique" d’Emma Gaze), chaque morceau dévoile une couleur différente de la palette musicale variée du groupe. Le lascif Birds affiche un héritage venant du blues, tandis que le single On Parade, sur un format plus court et resserré, évoque plus une power pop obsessionnelle et piquante. Take The Bit Between Your Teeth est plus rock et semble taillé pour la scène avec sa longue (mais jouissive) digression de guitare dont le son garage rappelle un peu les derniers hymnes rageurs de BRMC. Pour se reposer, on peut s’assoupir plus loin sur le moelleux Enter Laughing, une charmante ballade récréative, à la tranquillité et la joliesse immédiate.

Il est alors franchement dommage de voir l’album caler un peu vers la fin, avec trois morceaux un peu moins inspirés : Loves Builds Me est un instrumental un peu vain aux touches d’électro et d’orgue, tandis que Only One Thing Is Needed et son groove hypnotique échoue à séduire totalement malgré ses rasades de saxophone. L’ultime You Make Me Weak At The Knees est un joli instrumental avec piano et percussions, mais au-delà de sa réussite on se souvient aussi que l’album précèdent se terminait sur un ébouriffant morceau de dix minutes un peu plus mémorable. Quelques réserves regrettables à l’arrivée mais qui ne doivent pas faire oublier que pour le reste, The Power Out est un brillant album varié et maîtrisé, livrant un quota non négligeable de grands moments. A défaut de livrer un album incontournable qui mettrait tout le monde d’accord, Electrelane poursuit son chemin à son rythme, en montrant encore un potentiel des plus prometteurs, qui pourrait bien accoucher de très très grandes choses : l’avenir leur appartient (ou alors le dira, ce qui revient au même).

posted by godspeed | 13:17 |


23.3.04  

Ubik, de Philip K. Dick.

Les amis, tout doit disparaître !
Nous soldons la totalité de nos Ubiks électriques, silencieux, à prix défiant toute concurrence.
Oui, nous liquidons l’ensemble de nos articles.
Et n’oubliez pas que tous les Ubiks de notre stock ont été utilisés conformément au mode d’emploi.


Ubik, c’est quoi ?
Ecrit en 1969, Ubik est le roman emblématique de Philip K. Dick, considéré comme l’aboutissement d’une œuvre abondante, où il n’a cessé de créer une Science-fiction ambitieuse, visionnaire mais toujours abordable. Adapté (après sa mort en 1982) avec plus ou moins de bonheur au cinéma (Paycheck, Minority Report, Totall Recall, Blade Runner, Screamers…), Dick faisait intervenir ici la plupart de ses thèmes fétiches et ses obsessions : des pré-cognitifs (qui peuvent donc voir l’avenir) une horde de neutraliseurs psychiques, la cryogénisation, la mixité Passé/Présent/Futur, la mort et la paranoïa d’une réalité subjective et sans cesse fuyante.

Ubik, c’est fait avec quoi ?
Difficile de résumer l’histoire d’Ubik, autant pour son apparente complexité que pour ne pas dévoiler trop du mystère d’une situation qui monte doucement, mais sûrement, en puissance. Au centre de l’histoire, la société Runciter Associates, dirigée par Glen Runciter (et sa femme Emma, en état de semi-vie cryogénique), qui loue ses équipes de "neutraliseurs" pour empêcher de nuire tous les télépathes néfastes pullulant sur la planète (ou ses colonies spatiales). Alors que nombreux de ces derniers disparaissent sans laisser de traces, Runciter accompagne une équipe pour une mission sur la lune, secondé par le fidèle Joe Chip, loser toujours fauché. Une explosion plus tard, une course pour survivre (ou pas) commence, au gré de fluctuations temporelles allant de 1992 à 1939, de New-York à Des Moines en passant par un moratorium à Zurick, alors que la réalité s’effiloche et se dessèche dangereusement.

Ubik, ça sert à quoi ?
Cette course à la survie s’assimile finalement à une quête : celle d’Ubik, sorte de cousin du fameux MacGuffin Hitchcockien. Car Ubik, c’est… il ne faut pas le dire. Disons qu’Ubik, c’est ce qui permet de fixer la réalité. Si Joe Chip, le héros principal, veut survivre, il faut qu’il trouve Ubik mais surtout ce qu’il représente, pour enfin comprendre la nature de son environnement étrange ; trouver Ubik, c’est saisir enfin ce qui lui arrive, à lui et son équipe, ce qu’ils sont devenus, comprendre enfin le phénomène qui les engloutit. La succession des interrogations et des hypothèses de Joe Chip fascine et passionne du début à la fin. Et si l’imagination de Dick excelle à présenter un futur où l’ouverture de sa porte d’entrée est payante et où on consulte son avenir sur vidphone aussi facilement qu’on regarde la télé, sa faculté à faire exister ses personnages rapidement et à les rendre attachants en quelques lignes participe beaucoup à la réussite du livre. Car si Ubik est un livre incontournable et passionnant, c’est autant pour les questions existentielles qu’il soulève (la vie après la mort, entre autres…) que pour une intrigue échevelée, menée tambour battant, qui nous parait presque trop courte. Néanmoins, la dernière page achevée, la réflexion continue, car après une ultime pirouette à la fin, on n’est plus si sûr d’avoir bien compris ce qu’était Ubik. A moins que ce ne soit l’inverse : Ubik, on n’est pas bien sûr d’avoir compris la fin…


NB : une grossière erreur s’est glissée dans Ubik : à la page 281 (de l’édition 10/18) le héros déclare "Parler d’ions négatifs est un pléonasme. Tous les ions sont négatifs". Affirmation fausse et aisément vérifiable puisque aux ions négatifs (ou anions) s’opposent les ions positifs (ou cations) Comme exemples les plus célèbres, l’ion hydrogène H+ ou l’ion Sodium Na+. Alors approximation faiblarde d’un auteur à l’esprit pourtant scientifique ou erreur de la traduction française ? Mystère…

posted by godspeed | 12:21 |


21.3.04  

Douze fois par an, de Jeanne Cherhal



"Le petit voisin dans son T1 a des instruments assez rares et insolites.
Des percus, un masque malien, des cendriers et des grigris de bakélite.
Il souffle dans un bout de bambou, un didjeridoo de Pier Import du Népal.
Il joue à poser des embouts sur des bouteilles, puis il aspire et devient tout pâle.
"

J'avais entendu parler de Jeanne Cherhal, déjà parce qu'on voyait des affiches dans le métro. Elle est longtemps passée sur scène à l'Européen (et a sorti, je crois, à cette occasion un premier disque, live du coup.) Et parce qu'elle avait partagé la scène avec Vincent Delerm également. Mais je n'avais aucune idée de ce que pouvait faire la jeune fille. Télérama, très fan, parlait de "chanteuse réaliste" mais c'est quoi, une chanteuse réaliste ? Ben en fait, c'est une fille qui fait des chansons réalistes, parfois drôles, parfois moins. Une sorte de Vincent Delerm au féminin, et plus jeune (la donzelle doit à peine afficher 25 printemps au compteur).

Ce premier album studio s'appelle Douze mois par an, et c'est un ensemble de douze chansons justement, variées, 42 minutes au total. Des chansons rigolotes et rythmées, comme Un Couple Normal ("le souci qui peut parfois te faire couler l'eau des cils"), Les Photos de Mariage au phrasé plutôt rapide ("Je lui trouve un regard niais. C'est à ça que je pensais quand j'ai dit qu'elle te ressemblait."), Le Petit Voisin, au chant très rapide ("Le petit voisin s'appelle Jocelyn, avec un P avec un F comme dans Martine"), sans doute la plus rigolote de l'album, ou encore Super 8, sur le film de sa vie que l'on voit défiler au moment de mourir ("Moi j'aimerais un film en Super 8 avec soleil, flou artistique, des amis dans l'herbe, ma frangine, scènes prises au hasard mais tranquilles, j'aimerais un film en Super 8."), ou encore Rural, parlé, un rien moqueuse. Et des chansons moins délibérément drôles, comme Parfait inconnu ("Ne pas savoir d'où il vient, y a rien de mieux pour lui trouver le charme fou des métis. Pour imaginer que dans ses veines coulent Oslo et Tunis. Lui donner, ça coûte rien, des origines insolites et rares, c'est excitant. D'autant qu'assez vite on apprendra qu'il est de Lille ou de Caen.") . Et des chansons plus calmes, pas forcément gaies. Comme Ca sent le sapin et ses "vitrines absolumantes", Douze fois par an, au piano, Sad Love Song, au piano accompagné par le violoncelle de Vincent Segal, par ailleurs réalisateur artistique du disque, Les Chiens de Faïence, au piano et violoncelle, jolie chanson sur son papa, et Je voudrais dormir, duo avec Jacques Higelin, assez courte et concluant l'album. Seule La Station, sur les dimanches passés à aller vérifier la station d'épuration où travaille son père, est un peu longue (7 minutes) et moins intéressante.

Une jolie voix, une fille plutôt mignonne, sa soeur aux choeurs (et M aussi, sur La Station), une pochette rigolote avec le titre peint directement sur le boîtier, cette nouvelle venue dans la famille des auteurs-compositeurs français risque bien de faire parler d'elle.

posted by Cathy | 22:18 |
 

Pascal Parisot à l'Espace Jemmapes.

Le spectacle avait été annoncé, puis plus. Aucune info sur le site du chanteur. Et puis finalement si. Pascal Parisot passait bien trois jours de suite à l'Espace Jemmapes, au bord du Canal St Martin. Ce manque d'information fiable jusqu'à il y a très peu de temps était sans doute destiné à décourager les moins motivés, allez savoir... C'est que l'Espace Jemmapes est un petit centre culturel, une salle qui doit compter une centaine de personnes tout au plus. Et qui n'est pas super fort en sonorisation. On a eu de beaux problèmes de micro, de retour, puis d'éclairages, du coup. C'est sympa, ça mettait de l'ambiance.
A 21 heures, après un petit retard, mais avant les problèmes techniques, Pascal arrive sur scène, suivi de Frédérique Dastravigne, sa compagne, de Nicolas Repac (qui sera là essentiellement pour le premier morceau) et de Jacques Tellitocci.



"Tout va bien, les oiseaux chantent
Tout va bien, le soleil brille
Tout va bien, même à ma banque
Tout va bien, on me sourit.
"

C'est donc parti. L'air tout timide, assis sur son tabouret avec sa guitare, Parisot fait tout de même le rigolo. Parce que bon, il est là pour ça, et nous aussi, on est venus pour ça. Pendant une heure trente de spectacle, il chantera tout son premier album, Rumba, avec ses grands titres comme Diplômé de toi, Je t'aime ("Je te déteste, jolie peste, belle mais indigeste, comme un Paris-Brest"), Si j'avais du pognon, Tralala pas toi... Au fait, Rumba, ce n'est pas la danse, c'est le nom de son chien quand il était petit. Il nous fera également une démonstration de ce que lui a appris son coach pour préparer le casting de la Star Ac 4, c'est à dire chanter plutôt débout et avec petits pas de danse. Du deuxième opus, Wonderful, il fera tous les titres également (Wonderful, Que je sache sur l'air du standard Quizas, quizas, quizas, Les Gondoles à Denise avec que des phrases piquées à d'autres chansons populaires, de Cloclo à Sheila et Ringo en passant par Christophe ou un certain Jean-Pierre Ferland*, Lapin sur son Lapin Nain ...) mais Frédérique ne chantera pas Sombre Héros.

Frédérique Dastravigne, elle fait de tout : de la guitare électrique, du vibraphone, des percussions plus au moins bizarres (maracas, "oeuf", clochettes, tambourin, ...) et plein de bruits avec ça bouche, des choeurs au sifflet, en passant par la flûte à piston. Très polyvalente. Et vêtue dans une combinaison rouge vif, très près du corps, montée sur des talons hauts. Jacques Tellitocci, lui, son instrument de base, c'est la batterie, mais il joue aussi très bien des casseroles, à genou par terre, et du vibraphone. Il fait quelques choeurs aussi. Lui, il avait un tee-shirt avec un petit chien dessus. Pascal, quant à lui, fait essentiellement guitare et... guitare. Et puis aux deux tiers du spectacle, il nous a tout de même présenté son orgue électronique, un véritable orgue des années soixante, qu'il possède depuis ses débuts. C'était pour "Inutile de me faire les yeux doux" et Frédérique en a profité pour revenir dans une jolie robe en lamé. Très classe.

Sont venus faire un petit coucou pour un morceau Thierry Stemler, dont le premier disque était sorti à la même époque que Rumba dans l'indifférence générale, et le très demandé Albin de la Simone. Stremler à la basse, et de la Simone à la batterie, et il semblerait que ce ne soit pas leur instrument de prédilection au départ. C'était pour une "expérience", une nouvelle chanson, que j'appellerais "Pour moi, les filles, c'est du Javanais" mais je ne suis pas sûre du titre exact. Deux sorties et rappels programmés, puis nos trois lascars reviennent une dernière fois pour ce que Parisot annonce comme "le premier tube qui les a fait connaître ;)", c'est-à-dire Ca alors !
C'était la première fois que je voyais Parisot sur scène (hormis un show-case Fnac à la sortie de Rumba), et allez savoir, peut-être que pour le prochain album, "Je reviendrai !" (comme dirait Danièle).

* incroyable mais vrai, ma mère connaît cette chanson, qui date de 68 et s'appelle Je reviens chez nous.

posted by Cathy | 22:08 |


18.3.04  

Big Fish, de Tim Burton

Edward Bloom vit ses derniers jours. Son fils Will, sur le point d'être papa à son tour, est appelé par sa mère pour venir au chevet de son père. Ce père dont il a pensé qu'il avait toujours inventé l'histoire de sa vie et toutes les aventures rocambolesques qui lui sont arrivées. Alors, Will va tenter de connaître la véritable histoire. Pas une histoire de livres d'images, de celles que l'on raconte aux petits garçons le soir. Pas cette histoire dans laquelle Edward a rencontré un géant, un patron de cirque nabot, un loup-garou, une sirène, un village idyllique, une forêt menaçante, des vietnamiennes siamoises, et surtout la femme de sa vie, qui aime les jonquilles. Pas non plus cette histoire selon laquelle il aurait attrapé le poisson le plus énorme de la rivière. Mais Edward n'en finit pas de raconter la même histoire, à son fils comme à sa belle-fille. Alors : affabulation ou soupçon de vérité dans tout ça ?

Ce sera à vous de vous faire votre propre idée. En fonction de ce que vous êtes capable de croire ou pas, de la part d'imaginaire qui sommeille en vous et de la facilité avec laquelle vous pouvez vous laisser emmener par Tim Burton vers le monde de Big Fish.
Film sur un homme qui tente de retrouver ce père qu'il n'a finalement jamais connu pour de vrai (en tout cas, c'est le sentiment qu'il en a), Big Fish est aussi un film sur la capacité à réinventer sa vie de façon plus étonnante, amusante et surtout unique. Peu importe s'il y avait vraiment un loup-garou dans ce cirque, si l'oeil de verre de cette sorcière permettait de voir la façon dont on allait mourir ou s'il y avait vraiment des araignées sauteuses dans cette forêt. Peu importe si ce poète travaillait vraiment depuis plus de dix ans sur un poème de trois vers qui ne riment pas. Ce qui compte aux derniers jours de sa vie, ce sont tous ces souvenirs, réels ou fantasmés, que l'on emportera avec soi.

Pour entrer dans le film, il faut donc accepter de se laisser prendre par la main par Burton, de se laisser guider là où il veut nous emmener. Il faut accepter la musique de Danny Elfman, qui nous fait du Danny Elfman, soit rien de bien nouveau. Il faut accepter le grand sourire un peu naïf de Ewan McGregor et sa ressemblance parfois lointaine avec Albert Finney (ils jouent Edward jeune et vieux). En revanche, Alison Lohman, qui joue Sarah jeune, la femme d'Edward, ressemble vraiment à Jessica Lange, la même plus âgée. Billy Crudup est tout mimi avec ses petites tâches de rousseur. Danny de Vito retrouve Burton après son rôle du Pingouin dans Batman Returns. Et Marion Cotillard a réussi, pour la première fois, à ne pas m'insupporter. Seul Steve Buscemi est sous-employé et son personnage aurait pu avoir une part plus importante dans tout ça. Et pourquoi donc nous faire croire que Ewan McGregor a dix ans de plus qu'Helena Bonham-Carter, Monsieur Burton ? Désolée, mon petit Tim mais on n'y croit pas une seconde. Et c'est normal parce que dans la vraie vie, mademoiselle Bohnam-Carter a cinq ans de plus que Monsieur McGregor.

Il y a beaucoup de choses dans Big Fish. Et quand arrive l'épilogue, très poétique, vous pensez pouvoir enfin faire la part du vrai et du faux. Mais en êtes-vous si certain après tout ?

posted by Cathy | 18:55 |
 

Margerine Eclipse, de Stereolab



"C’est le nouveau Stereolab ?", s’exclamait avec curiosité la délicieuse Natasha Gregson Wagner dans l’adaptation de High Fidelity par Stephen Frears, au son du Lo Boob Oscillator… Et bien oui, ça y est, le nouvel album de Stereolab (approximativement le 10ème) est enfin arrivé, près de 2 ans et demi après le précédent Sound-Dust ; une attente plus longue que d’habitude pour un groupe stakhanoviste qui travaillait jusqu’à maintenant au rythme frénétique d’un album (et d’innombrables EPs) par an depuis 1991. Un attente prolongée dû à la construction de leur propre studio d’enregistrement, Instant 0, en France et surtout (et malheureusement) au décès de Mary Hansen, chanteuse en second, guitariste et membre de longue date, fauchée tragiquement par un camion lors d’une ballade en vélo fin 2002.

Margerine Eclipse aurait donc pu être un disque de deuil mais finalement pas. En surface, le seul hommage visible est sur la chanson Feel and Triple, délicate ballade où Mary est directement citée (les "goodbye, Mary" des chœurs), un chant d’adieu des plus touchants : "As much as I don’t want, I have to say goodbye / You will sing for ever like an angel who flew away…". Sur le reste de l’album, Stereolab sautille presque, ou du moins fait preuve de bonne humeur et de joie de vivre, comme pour mieux exorciser sa tristesse. Jim O’Rourke (de Sonic Youth, entre autres…) et John McEntire (de Tortoise, entre autres…) ne sont plus à la production mais le son si personnel du groupe est toujours le même, si difficile à décrire à ceux qui ne le connaissent pas, et si jubilatoire pour les autres, un son qui en a fait l’un des groupes les plus importants et influents de la décennie passée. Disons que Stereolab, c’est le croisement idéal entre la pop la plus naïve et exubérante et la musique d’avant-garde ; un mélange de pop, de lounge, d’easy-listening, de Krautrock, de sonorités électroniques festives, de bossa-nova, de jazz ou de free-jazz, de cordes grandioses et de dub simpliste, à la texture et aux différentes couches complexes et subtiles. Improbable sur le papier mais des plus abordables et originales à l’écoute, après une période d’acclimatation non négligeable. Une fois le pas franchi, plus de marche arrière : en général, Stereolab, c’est à prendre ou à laisser, on aime ou on déteste. Inutile de préciser qu’ici, on respecte Stereolab plus que de raison…

Difficile donc de décrire des morceaux aussi protéiformes, à la construction souvent alambiquée, constitués de plusieurs mouvements distincts et entrelacés, sans parler des multiples strates sonores et des arrangements. On se contentera donc d’énoncer quelque uns des titres les plus marquants de cette enthousiasmante éclipse : il faudra donc retenir le débridé et disloqué Vonal Declosion, les harmonieux et fascinants "…Sudden Stars" et Cosmic Country Noir, tous réunis dans un début d’album particulièrement réussi. A considérer aussi sérieusement, la triplette dispersée "Marge" : d’abord le court, efficace et bien nommé Margerine Rock ; plus loin, le pétillant Margerine Melodie puis le troublant Dear Marge qui conclut l’album, morceau en plusieurs tranches au final disco succulent.
Aux savantes mélodies de Tim Gane se marie la voix de sa compagne, la chanteuse (française) du groupe Laetitia Sadier. Un chant délicat qui attira souvent les quolibets mais qui participe grandement à la singularité du groupe. Sa voix fluette accompagne des textes (en anglais ou en français) qu’on trouvera au choix niais ou rigolos : les plus notables ici sont ceux de l’énergique Bop Scotch, avec ses paroles pseudo-révolutionnaires ("Au diable vos lois qui oppriment le peuple") et le charmant Need To Be avec un couplet déjà célèbre : "mon arbre est tout fleuri / Pourtant il fait encore très froid dehors…"
A l’arrivée, en troquant donc la sauce tomate pour de la margarine, Stereolab a signé son album le plus abordable et le plus libéré depuis l’important Emperor Tomato Ketchup. On pourrait regretter l’absence d’une pointe de mélancolie qui rend souvent les disques plus attachants mais le dynamisme et l’originalité sans cesse renouvelée de Stereolab rendent une fois de plus sa pop hybride tout bêtement incontournable.


Add : Puisqu’on y est, quelques mots aussi du formidable concert que Stereolab a donné hier soir au Trabendo, à Paris. Avec une formation de 7 personnes sur scène, le groupe anglais a brisé le vernis un peu intello qu’on peut parfois lui reprocher pour délivrer une prestation festive, dansante et extrêmement généreuse. En jouant une majorité de titres du dernier album, agrémenté d’une sélection de titres plus anciens (dont un épatant Lo Boob Oscillator, achevé avec 2 batteries), le groupe a sût retranscrire de façon crédible, ample et puissante toute la complexité des ambiances subtiles de ses disques, avec une énergie communicative. Tout au plus on pourra remarquer que sur certains morceaux, l’absence de Mary Hansen se fait un peu sentir à niveau des harmonies vocales. Pour conclure un splendide set de près d’1h45, le groupe a dégainé un rappel en deux temps foudroyant l’assemblé une bonne fois pour toutes (au menu entre autres, un mémorable et captivant Cybele’s Reverie, ainsi qu’un tourbillonnant Stomach Worm où Kieran Hebden (alias Four Tet, qui avait signé une première partie électro-dub sympa) est venu prêter main forte avec sa guitare). Le concert fut donc une confirmation : Stereolab est grand.
(Et pour ceux que ça intéresse, la setlist du concert est disponible ici)

posted by godspeed | 14:08 |


10.3.04  

La Jeune fille à la perle (Girl with a pearl earring), de Peter Webber

Peter Webber a choisi d'adapter le roman de Tracy Chevalier, qui imaginait lui-même la vie de la jeune Griet, servante chez les Wermeer et qui a servi de modèle au peintre de Delft pour son tableau Jeune femme au turban.

Du livre, il a gardé l'essentiel : les relations de Griet avec le peintre, les relations avec la femme du peintre, et la fille aînée. Il a épuré le reste, pour ne pas alourdir son histoire. Ainsi, la famille modeste de Griet n'est pratiquement pas présente, le rôle de Pieter, qui deviendra son mari, est juste ébauché, et les relations parfois conflictuelles avec la belle-mère du peintre ou avec la gouvernante sont passées sous silence.



Ces allègements, ainsi que la simplification dans l'accumulation de détails sur l'époque, la rudesse des tâches ménagères, l'épidémie de peste qui sévit pourront rebuter certains lecteurs qui avaient trouvé comme principal intérêt au livre cet aspect documentaire et historique.
De même, l'apprentissage des techniques de la peinture par Griet, la façon dont le peintre lui apprend à distinguer les nuances d'une couleur en regardant les nuages, à préparer les couleurs en broyant les pigments et en les mélangeant à l'huile de lin, tout cela est simplifié.
Et on pourra regretter (en tout cas pour ma part) de ne pas voir que l'histoire s'étale normalement sur plusieurs années, et que l'épilogue intervient dix ans après le début (tout comme on aura très peu d'informations dans cet épilogue).

Il n'en reste pas moins que Scarlett Johansson est très bien dans le rôle de cette jeune fille, toute innocente. Colin Firth est peut-être un peu plus en retrait dans son rôle de taciturne. Et Essie Davis incarne bien la femme du peintre, caractérielle à souhait.
Au bout du compte, le film est plutôt une adaptation réussie, quoique simplifiée, du roman. Ce qui n'était pas forcément gagné d'avance.

posted by Cathy | 18:56 |


8.3.04  

Un garçon d’Italie, de Philippe Besson

Lorsqu’ils ont déposé le couvercle sur le cercueil, lorsque le visage de Luca a disparu, j’ai seulement pensé : voilà, j’ai vu ce visage presque tous les jours pendant cinq années, et je ne le verrai plus. J’aurais dû contempler ce visage jusqu’à la fin du monde, le monde est encore là et lui n’y est plus. J’ai eu cette pensée toute simple, que je ne sais pas énoncer autrement qu’avec des mots simples. La tristesse parfois est une régression.

Luca est mort. Echoué mystérieusement sur une rive de l’Arno, à Florence.
Luca est mort mais pourtant, de là où il est, il parle. Il décrit son autopsie, son embaumement, son enterrement. Puis de son cercueil, il revient sur ses relations avec Anna et Léo.
Anna, sa compagne, parle aussi. De son deuil. De sa douleur. De la police qui semble lui cacher des choses. De l’appréhension forcément déplaisante de découvrir bientôt les choses que Luca lui cachait.
Léo aussi fait son deuil. Seul, dans son coin, vendant son corps dans un hall de gare. Et il se souvient de ses étreintes secrètes avec Luca…

Puis, mon regard se balade sur les tombes, au hasard des allées de ce cimetière. Et, tout d’un coup, il me semble que je reçois tout le malheur des hommes, que m’est offert tout le chagrin de ceux qui ont perdu quelqu’un.

Le premier roman de Philippe Besson s’intitulait En l’absence des hommes. Celui-ci, le quatrième après les remarquables Son Frère et L’Arrière-saison, pourrait s’intituler En l’absence d’un homme. Et quand un être vous manque, tout est dépeuplé dit-on. Roman à trois voix distinctes mais enlacées, Un garçon d’Italie est encore une histoire de deuil. Pas celui auquel on se prépare, comme dans Son Frère, mais celui qui suit une mort inattendue. Douleur du vide et l’absence, chagrin insurmontable qui englobe tout, Besson propose encore une fois un texte attristé mais touchant. Dans le livre, chacun de ses proches doit continuer à exister malgré la mort de Luca, et l’enquête cherchant à élucider la raison de son décès importe moins que les secrets qu’elle va révéler : s’y montre alors l’hypocrisie de la société, la complexité des relations humaines, le jeu des apparences où chacun interprète un rôle conforme à son image ou à sa position sociale, cachant ce que l’on est vraiment. Chacune des 4 parties du roman s’ouvre avec une citation d’un livre de Cesare Pavese, Le Métier de Vivre. Effectivement, chez Besson, vivre est un métier qu’on souffre d’apprendre. Et survivre est un tourment.

Comme à chaque fois, il y a ce style Besson. Des chapitres courts (rarement plus de trois pages), ce rythme particulier, flottant, ce balancement des mots simples mais justes, ces phrases qui charrient un torrent d’émotions. Cette écriture sensuelle aussi, soulignant le frottement des corps et le croisement des sentiments. Une poésie subtile qui au détour de moments accablants s’étonne que "rendre les derniers hommages" ou "reconnaître le corps" fassent aussi bien partie du vocabulaire de la mort que du langage amoureux… D’ailleurs, ne parle-t-on pas aussi de la petite mort pour l'orgasme ? Etrange charme que possède l’écriture de Besson, qui ne cesse de livre en livre, de se faire rencontrer Eros et Thanatos dans un même élan passionné qui nous touche à chaque fois…

Ils emploieront des mots simples, des mots de tous les jours, pour parler de nous, ceux qui parleront de nous. Mais ce ne seront pas les mots qui conviennent. Non pas qu’il soit besoin de mots compliqués ou de formules alambiquées, mais il s’agit de viser juste, de ne pas se tromper. Eux se tromperont. Ils raconteront une histoire et nous en aurons vécu une autre.

NB : Merci à Cathy pour le kdo. :)

posted by godspeed | 11:40 |


3.3.04  

Cavale, de Lucas Belvaux

Dans Un couple épatant, on voyait apparaître de façon fugace les deux protagonistes de Cavale, Lucas Belvaux, qu'Agnès, jouée par Dominique Blanc présentait comme Pierre (et dont Cécile croit à tort qu'il est son dealer), et Jeanne, une collègue prof de Cécile. Mais on ne connaissait rien de l'histoire qui les lie tous les deux. Dans les premières minutes de Cavale, Lucas Belvaux s'évade de prison. Mais il s'appelle Bruno, pas Pierre. Il a en fait caché son identité à Dominique Blanc.
Il s'évade, donc, et revient à Grenoble pour finir ce qu'il a commencé il y a plus d'une dizaine d'années. Son action politique. Pierre Le Roux était en fait à l'époque activiste d'extrême-gauche et fondateur d'un groupement du style Action Directe, agissant de façon terroriste pour faire la réforme prolétarienne. Après toutes ces années, il revient, persuadé que son combat a toujours un sens, que le groupement va se reformer, pas avec les anciens qui ont tous été arrêtés et mis à l'ombre mais avec des nouveaux. Tous été arrêtés, sauf Jeanne, que personne n'avait dénoncé, même sous la torture, et qui a pu se refaire une vie avec un mari et un fils. Alors quand Pierre vient la voir pour lui demander de reprendre la lutte avec lui, elle refuse, trop contente d'avoir pu se recréer une nouvelle vie, et qui sait que le monde a changé et que tout ça n'a plus aucun sens.
Pierre, lui, retourne dans ses planques précédentes, qui n'ont pas bougé depuis, forcément. Un petit appartement, et un garage, endroits dans lesquels sont dissimulées toutes les choses qui peuvent lui servir : matériel pour faire de faux papiers, pains de plastique et détonateurs, armes et munitions, gilet pare-balles et différents équipements vestimentaires... Et il repart à l'attaque, sans faire de quartiers. Avec lui, c'est la manière forte. Tu as été mon ennemi, tu m'as trahi, tu es dans mon passage ? Qu'à cela ne tienne, tu seras éliminé. Homme d'affaires, flic ou voyou, même punition.

Deuxième volet de la trilogie, Cavale est annoncé par le réalisateur comme un policier. Un policier hard-boiled, aux accents politiques, mais un policier tout de même. Et il respecte les codes du genre, tension et rythme avant tout. Bien sûr, il joue aussi sur les interactions avec le premier film de la série, Un Couple épatant. Et il est servi par une interprétation de nouveau sans faille. Lucas Belvaux joue l'activiste sans concessions et Catherine Frot est impeccable dans un rôle enfin sérieux, qui la change d'Un Air de Famille. Dominique Blanc apparaît peu mais dans des scènes fortes, et Gilbert Melki se contente ici d'un rôle sans texte, mais peu importe.

Si le côté "politique" du film m'avait dérangée la première fois, j'ai été moins surprise à la deuxième vision, et trouve maintenant le film aussi bon que les autres. Avec une fin sans appel, mais implacable.

posted by Cathy | 09:45 |


1.3.04  

Paycheck, de John Woo

Du dernier John Woo, nouvelle étape d’une carrière américaine en dents de scie, il y avait tout à craindre. Suite à l’échec de Windtalkers, beau film de guerre humaniste injustement boudé (pas assez cynique pour les uns et sans doute pas assez patriotique pour des américains pas remis du 11 septembre), Woo se tourne vers une simple commande pour retrouver une position plus confortable. Le résultat est donc loin de son chef d’œuvre Volte/Face mais, heureusement, un cran au-dessus de l’insipide Mission : Impossible 2.

Adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, le film s’intéresse au cas de Michael Jennings (Ben Affleck), ingénieur en haute technologie, qui à la fin de chaque contrat prouve sa plus totale confidentialité en se faisant effacer la mémoire en échange d’un gros chèque. Au "réveil" d’une mission de 3 ans au service de son ami James Rethrick (Aaron Eckart), Jennings constate avec surprise qu’il aurait refusé ses millions, acceptant pour seule rémunération une enveloppe contenant une vingtaine d’objets anodins (une paire de lunettes, un briquet, une clé…). Poursuivi par le FBI et par ses anciens employeurs qui veulent lui faire la peau, Jennings n’a d’autres solutions que de faire la lumière sur son passé…
Disons-le tout de suite, Paycheck un simple divertissement, thriller de science-fiction correct mais sans plus, avec au programme son quota habituel de scènes d’action, fusillades et autres courses-poursuites. Ce qui fait son intérêt, c’est son scénario dickien, qui cultive au moins une notion intéressante, à mi-chemin de Total Recall et de Minority Report, deux autres films adaptés de Dick. Si les vingt objets dont hérite Jennings lui permettent bien (symboliquement) de reconstituer le puzzle de son passé, ils servent surtout de clés-gadgets à utiliser au bon moment, pour se sortir d’une situation donnée. Si on craint au début un coup de force scénaristique des plus scabreux, l’explication du pourquoi du comment est la vraie bonne idée du film : sans vendre totalement la mèche, disons que dans son passé effacé, Jennings a pu voir son avenir et se donner la possibilité de le changer. Futur à modifier observé dans un passé oublié à recomposer dans le présent, les trois strates temporelles coïncident en un même point, moteur de l’histoire : pour reprendre le contrôle de son destin, il faut d’abord que Jennings réassimile son passé. La réflexion du film autour de cette notion de destin, d’avenir déterminé ou pas, rappelle bien sûr Minority Report (avec d’autres similitudes telles que la lumière bleu pâle et certains décors ressemblants…), sur un mode moins poussé et ambitieux, ce qui n’est peut-être pas plus mal.



Le film n’exploite pas vraiment son idée jusqu’à bout, bouclant les explications et les enjeux dramatiques trop rapidement ; au-delà de cette thématique, il se relève sans grande originalité mais remplit honorablement son contrat. Toute proportion gardée, ça ressemble à une version high-tech de La Mort aux Trousses (surtout dans sa première moitié assez hitchcockienne), teintée de MacGyver et de James Bond. Ou alors à une série B de luxe mieux exécutée que la moyenne, avec ses moments trépidants, ses clichés, ses baisses de régimes un peu laborieuses, ses dialogues basiques et son interprétation à l’avenant pour le trio de tête : on le savait déjà, Ben Affleck manque d’épaisseur mais il a aussi été moins à l’aise ailleurs. Uma Thurman, à la coiffure atroce, hérite d’un rôle assez fade, simple quota féminin du film et Eckart celui du méchant sans relief. La marge de manœuvre de chacun est assez réduite, ainsi que pour tous les seconds rôles sous-exploités (Joe Morton et Paul Giamatti pour les plus connus), sans pour autant que le résultat soit désagréable.

Reste que pour un film de John Woo, on était en droit d’attendre un peu plus de fulgurance. S’il signe une copie soignée, elle est impersonnelle, très loin de la vivacité qui caractérisait ses meilleurs films, souffrant de l’absence des enjeux tragiques et virils qui animaient ses précédents héros. D’un réalisateur de son talent et avec ses faits d’armes, on demandera toujours des projets plus ambitieux que celui-ci. Ici, sa patte n’est visible que par intermittence : lors d’une poursuite en moto étirée, au découpage impeccable, ou bien encore lors du final (un peu longuet) dans le labo à la gestion de l’espace caractéristique. Les plus moqueurs souligneront surtout le sentimentalisme naïf qui est aussi l’une de marques de fabrique tandis que les fans trépigneront à l’apparition de la traditionnelle colombe… Impersonnel, un peu lisse, Paycheck parait alors légèrement vain malgré sa bonne tenue. A l’image de son héros (les plus intrépides se chargeront de relever les parallèles avec le cinéaste), John Woo ferait bien, pour la suite, de se souvenir de son glorieux passé s’il veut redorer son blason dans un avenir encore incertain…

posted by godspeed | 11:25 |


29.2.04  

Les Rivières Pourpres 2 - Les Anges de L'Apocalypse, d'Olivier Dahan

Aller voir certains films juste pour se moquer, en sachant pertinemment qu’ils vont être nuls, c’est mal ; il y a trop de films intéressants à voir pour perdre ainsi un temps précieux ; et puis aller au cinéma avec cynisme et un avis préconçu, c’est nul. Alors oui, je plaide coupable. Mais bon, là, l’affligeante bande-annonce annonçait un tel cocktail improbable, une telle avalanche de n’importe quoi (des moines-ninjas-yamakasis ??) que le film semblait mériter un coup d’œil juste pour s’assurer que l’on n’avait pas rêvé…
Et donc pas de surprise, Les Rivières Pourpres 2 est ce qu’il semblait être, c'est-à-dire un navet de compétition, intégralement nul, mais aussi fascinant du début à la fin tant il donne à voir de façon quasi-comique l’impasse auquel est confronté un certain cinéma français quand il veut copier les blockbusters américains. Tout le film pourrait être résumé par ces 2 lignes du générique : "Scénario et dialogues : Luc Besson". Et là, tout est dit ou presque. A son habitude, sieur Besson nous livre une tambouille mal cuisinée et prompte à satisfaire les moins exigeants, une pale et indigente resucée de thrillers américains, accumulant maladroitement les clichés les plus éculés sur fond d’intrigue approximative et de dialogues navrants. Puisque ça s’appelle les Rivières Pourpres 2 et que c’est une suite purement mercantile (on remarquera que le titre ne veut vraiment plus rien dire), on retrouve l’inspecteur Niémans (Jean Reno, dont le jeu paresseux et flegmatique devient ici presque une qualité) qui doit enquêter sur une série de meurtres à caractère religieux gravitant autour d’un mystérieux monastère, accompagné dans ses recherches par un ancien élève, Reda (Benoît Magimel, presque admirable dans sa débauche d’énergie). Et donc là-dessus, on brode comme on peut, dépouillant sans vergogne le Se7en de Fincher : on remplace les 7 Péchés Capitaux par les 12 Apôtres et on copie quelques scènes marquantes (le spectre IR sur le mur, la poursuite à pied étirée jusqu’à épuisement, un petit topo de « théologie-pour-les-nuls » dans une bibliothèque). On y ajoute donc un mysticisme bon marché et autres bondieuseries indigentes, et on va chercher les méchants à l’étranger (une habitude chez Besson), ici des allemands néo-nazis. L’ensemble est un modèle de scénario bâclé et paresseux sous-exploitant ses bonnes idées potentielles (l’utilisation de La Ligne Maginot dans un décor qui change de d’habitude, l’Alsace-Lorraine), multipliant les raccourcis faciles jusqu’à l’invraisemblance…
Encore, si le film fournissait un bonne dose de divertissement bien senti, on pourrait passer outre. Mais non, même les scènes d’actions font pitié. Olivier Dahan confirme ici ce que l’on pouvait déjà deviner après un Déjà Mort bancal ou un Petit Poucet en carton-pâte, à savoir qu’il est un plasticien compétent mais pas un cinéaste : l’imagerie du film, gothique, baroque et rouge sang est plutôt réjouissante mais dès que l’action s’excite un peu (voir l’atroce fusillade vers la fin) la caméra et le montage pratiquent l’épilepsie facile et absurde, fichant surtout mal aux yeux et aux oreilles. Seules deux scènes totalement gratuites et vaines sont à sauver : la longue course-poursuite pompée sur Se7en et Point Break, ainsi que la baston Magimel/Joe Prestia, assez brouillonne mais sur l’air du I Wanna Be Your Dog des Stooges…



Pour le reste, rien ne fonctionne dans ces Rivières Pourpres 2, tout sonne terriblement faux : quand l’enquête est bloquée, les personnages réfléchissent de façon très concentrée, et démontrent leur fantastique perspicacité en trouvant une solution d’un coup de baguette magique (on échappe de justesse au mythique "mais c’est bien sûr !!!"). Et histoire de les aider un peu, un personnage passe toutes les dix minutes pour annoncer "qu’il a trouvé quelque chose"… Ou alors quand ils sont énervés et paumés, ils tapent très fort sur une table ou un mur en s’écriant de manière très convaincante un truc du genre "c’est quoi ce bordel ??!!" : il faut le voir pour le croire (ou pour ne pas y croire en l’occurrence…). Tout comme on a du mal à croire que la pourtant mignonne Camille Natta, qui interprète la flic spécialiste en sciences religieuses et qui accompagne les 2 héros dans leur enquête, puisse jouer aussi mal : en plus de ses répliques bien ridicules, chacun de ses gestes, sourires ou même bâillements semblent surjoués au possible, un vrai calvaire…
Mais bon, à ce petit jeu, elle n’est pas la seule à ramer, la majorité des seconds rôles assure le service minimum (on n’avait pas vu Serge Riaboukine aussi mauvais depuis longtemps…) et les participations amicales de Johnny Hallyday et Gabrielle Lazure font peine à voir, dans des scènes assez improbables du point de vue de la narration, paraissant des plus artificielles. Mais la palme revient certainement au mythique Christopher Lee, apparemment perdu (ou avec des impôts à payer, comme les autres) dans un rôle de méchant inexistant, d’une fadeur absolue, écrit sur du vent, coup d’esbroufe du film consistant seulement à montrer une star qu’il ne mérite pas…
Faut dire que tout ce beau monde est bien aidé par la science du dialogue de Luc Besson, dotée d’une subtile pointe d’humour que ne renierait pas Max Pecas. Un petit exemple de réplique servie ad hoc par un policier après avoir percuté en voiture un simili Jésus : "Eh Jésus, faut rester dans les clous !". Drôle, non ? Allez, encore une autre, lors de la 1ère rencontre Magimel/Natta au chevet du malade : "- Bonjour, je m’appelle Marie. - Ca tombe bien, je vous présente Jésus". Drôle, non ? La réplique la plus marrante du film (du moins ma préférée) est pourtant involontaire, où après une heure de film, Jean Reno s’exclame en consultant ses notes et avec le plus grand sérieux : "ces meurtres sont orchestrés !!". Euh, oui, mais bon, ça paraissait évident ça, non ?

Au-delà de sa nullité, on peut d’ores et déjà constater une certaine constance dans cette triste franchise avec des conclusions en dessous de tout : le faible premier volet enterrait ses monstrueuses incohérences avec une avalanche de circonstance dans les Alpes, c’est ici une inondation dans des sous-sols qui permet de noyer le poisson. Un troisième volet étant déjà annoncé, espérons qu’un tremblement de terre engloutisse une fois pour toute cette vilaine série et que l’on n’en parle plus : les blagues les plus courtes sont tout de même les meilleures…

posted by godspeed | 18:10 |


25.2.04  

La jeune fille à la perle, de Tracy Chevalier

XVIIe siècle, la peinture hollandaise est à son apogée. C'est cette période que choisit Tracy Chevalier, romancière américaine vivant à Londres, pour imaginer en 1999, le récit de trois ans de la vie de la jeune Griet, servante chez le peintre Vermeer, dans son roman La jeune fille à la perle. Johannes Vermeer, c'est bien entendu La Laitière (qui serait le portrait de la gouvernante, selon le roman de Tracy Chevalier), mais la liste est longue des tableaux qui font sa renommée de par le monde aujourd'hui encore.



Dans ce roman, l'auteur se plait donc à imaginer que cette Jeune fille à la perle, représentée sur le tableau du maître intitulé Jeune fille au turban, aurait été la servante du peintre de 1664 à 1666. Elle décrit son quotidien avec force détails, la vie l'époque, la rudesse des tâches ménagères comme la lessive et le repassage. Et la façon dont Griet, embauchée au départ pour seconder la gouvernante, et ainsi gagner quelques florins pour sa famille, ainsi que pour faire le ménage journalier dans l'atelier du peintre, va petit à petit apprendre avec lui les couleurs, la préparation des pigments, la chambre noire pour mieux voir les détails et les nuances d'un décor. Et commencer à poser pour lui. C'est l'acheteur Van Ruijven, qui, un soir de fête chez les Vermeer, suggère au peintre qu'il fasse le portrait de la servante.

Mais toute la première année de ce récit, c'est surtout le quotidien de Griet dans cette famille, avec les enfants (le 6e naît à la fin de la première année), Catharina la femme, Maria Thins la mère, qui dirige en quelque sorte la maison, les rapports avec Tanneke, la gouvernante, ainsi qu'avec les filles, les relations avec les parents de Griet, dont le père est aveugle, et l'épidémie de peste qui sévit.
On se laisse prendre assez vite par le récit, tout d'abord par son aspect descriptif du quotidien de la société hollandaise de l'époque, puis par l'évolution de la vie de la jeune Griet et par sa découverte de ce milieu bourgeois et du monde magnifique de la peinture, qu'elle ne connaît pas. A mesure de l'importance grandissante et de la variété des tâches que Vermeer lui confiera à l'atelier, elle prendra de l'assurance avec son maître, jusqu'à accepter de poser pour lui.

Seulement Griet, c'est aussi une jeune fille pauvre, et ses gages hebdomadaires (8 florins) sont peu pour nourrir ses parents. Elle mange à sa faim chez les Vermeer qui, malgré les difficultés financières, ont un bon train de vie. Alors, ses parents l'encouragent à sympathiser avec le fils du boucher, qui ferait un bon mari, et assurerait sa protection matérielle. La jeune fille se retrouve donc à devoir assumer, du haut de ses 17 ans un travail éreintant de domestique (et on confie généralement les tâches les plus difficiles), un travail pour son maître, qui l'initie peu à peu à la préparation des matériaux pour la peinture, les sollicitations du fils du boucher qui verrait bien en elle sa future femme. Tout en devant gérer les ragots qui traînent souvent au marché. Loin d'être évident.

Raconté à la première personne, on est vite pris dans l'histoire et la progression du personnage. Le style utilise les mots de l'époque, tant pour décrire les pigments ou les vêtements que les choses de la vie quotidienne, et l'auteur a le bon goût de ne pas emmener son récit vers un côté très dramatique. Elle respecte ses personnages et ne cherche pas à tirer des larmes à ses lecteurs. Bref, un joli livre, fort intéressant et dont on attend l'adaptation ciné sortant mercredi prochain avec impatience.

posted by Cathy | 11:12 |


19.2.04  

Pour ceux qui n'ont pas fait attention, Monsieur Godspeed est sorti de sa parenthèse, qui devenait trop étroite pour lui.

posted by Cathy | 09:20 |


16.2.04  

The Earth Is Not A Cold Dead Place, d’Explosions In The Sky



The Earth Is Not A Cold Dead Place

Tout commence par une guitare cristalline, égrenant quelques notes résonnant dans le vide démesuré de l’existence. Puis des battements de cœur émergent de l’obscurité. Une pulsation qui s’éveille et s’impose doucement. Puis une autre guitare dispense ses arpéges, s’entrelaçant dans la mouvance précédente. La batterie résonne, déroule et roule tel un tambour. Le tout s’harmonise et c’est le début de 45 minutes de musique uniquement instrumentale mais bourrée d’émotions variées et intenses, comme seuls quelques groupes de post-rock savent en procurer. Ce premier morceau dans son ensemble pourrait être assimilé à une renaissance, à un nouveau départ, un lever de soleil après la bataille, un espoir qui jaillit des décombres encore fumantes. Et pas uniquement à cause de son titre : First Breath After Coma. L’album précédent du groupe, Those who tell the truth shall die, Those who tell the truth shall live forever, était sorti à peine une semaine avant le 11 septembre. Et le dernier titre du disque s’intitulait de manière prémonitoire Plane Will Crash Tomorrow… Dans l’intervalle la noirceur s’est dissipée, la colère s’est ravalée et la reconstruction a démarré, lentement, patiemment. Par étapes. En alternant chevauchés étourdissantes et interludes apaisants. Mais au bout du chemin subsiste cette persistante sensation d’espoir, que tout peut recommencer, repartir à zéro et que ça sera beau. Que d’entres les nuages obscurcissant le passage vers l’avant, la lumière semble enfin percer pour nous laisser percevoir l’espoir. L’espoir…

The Earth Is Not A Cold Dead Place

Evoquant aussi bien les écossais de Mogwai et les Canadiens de Godspeed You ! Black Emperor, les Texans de Explosions In The Sky reprennent les traditionnelles formules du post-rock (alternance de crescendos dévastateurs et de plages mélancoliques) avec une puissance émotionnelle rarement entendue dans le genre. En effet, difficile de rester de marbre à l’écoute de The Only Moment We Were Alone, morceau de dix minutes à tomber par terre où chaque changement de rythme déchire le cœur ; un segment poignant, où chaque succession d’accords serre la gorge. Entre faux aplats et vraies pulsions libératrices, ce seul moment où nous étions seuls se vit comme un moment intense car unique, la tête baissée, à toute allure. Un morceau beau à pleurer, vibrant à perdre le souffle, perdu dans l’extatisme de l’instant, l’électricité devient alors le conducteur d’une émotion contagieuse…

The Earth Is Not A Cold Dead Place

Suit alors Six Days at the Bottom of the Ocean, ballade aquatique protéiforme aux changements de rythmes multiples. Bulles d’air apaisantes, plongées asphyxiantes, courants porteurs et vagues fracassantes. Quelques notes lumineuses qui éblouissent un monde de silence. L’infime perturbation de la sérénité avant de s’échouer dans les abysses, montagnes de calme apaisant. Tombés au combat dans l'espoir de trouver le repos, l’heure est alors à la commémoration. Memorial. La langueur se mêle alors au lyrisme pour le morceau le moins mémorable d’un disque pourtant exceptionnel. Le seul où la répétition d’une instrumentation minimale se fait sentir, alors qu’ailleurs elle fait des prodiges…

The Earth Is Not A Cold Dead Place

Mais peu importe. Peu importe un minime faux-pas quand le meilleur est à venir. Quand les frissons nous reprennent par la simplicité d’arpéges enchanteurs. Quand ta main dans la mienne me fait oublier tout le reste. Your Hand in Mine. Ta main dans la mienne et plus rien ne compte. Ou seulement l’instant présent. Et ce qui nous attend. Ta main dans la mienne et l’espoir perdu revient s’imposer, s’élevant à partir de trois fois rien mais de façon implacable. Une fin en apothéose qui n’en finit plus de déchirer le cœur. Une montée, encore et toujours, vers l’inaccessible, où seule compterait l’émotion pure d’une musique immaculée, détachée de tout le superflu, de tout cynisme. Une musique comme elles devraient toutes être : belle et passionnée…

The Earth Is Not A Cold Dead Place

Pourquoi ? La réponse est cachée dans le boîtier du cd :
"because you are listening".
Tout simplement.

posted by godspeed | 15:07 |


14.2.04  

Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes », d’Arnaud Desplechin

"Je ne veux pas que vous me donniez autre chose que votre inimitié... S'il vous plaît, soyez mon ennemi. Inimitié et haine ! Je m'épanouirai sur ce que vous pouvez faire de pire ! Plus vous me jetterez de pierres, plus j'en aurai pour vous enterrer ! Je vous aiderais, je vous donnerais toutes les bonnes raisons de me haïr…"

Desplechin, acte IV, scène 1.
Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes », quatrième long-métrage d’Arnaud Desplechin, émerge d’une genèse au moins aussi compliquée que son titre à rallonge. Produit dans l’ombre d’un autre film à venir (Rois et Reine, à sortir en fin d’année), séparation initiale entre deux formes distinctes (documentaire sur les répétitions et film), présentation d’une copie de travail à Cannes puis remontage pour finalement aboutir à un seul film hybride. Et diffusion sur Arte la veille de sa sortie dans une seule salle parisienne. Sans s’attendre pour autant à voir un film malade, sa finalisation semble à ce point tortueuse que l’on pouvait craindre un beau ratage, alors que ce Leo… est en fait un film assez fascinant.

Il y a quelque chose de pourri au royaume… des marchands d’armes.
Dans ce titre à triple entrée, la 1ère chose à retenir est le nom de la pièce dont ce film est l’adaptation : Dans la compagnie des hommes donc, pièce de théâtre de l’anglais Edward Bond, dramaturge contemporain mais shakespearien au possible. De toute façon, difficile de ne pas penser à Hamlet ici, dans cet univers clos et pourri de l’intérieur. Au coeur de ce drame, les entreprises Jurrieux, spécialisées dans l’armement. Au moment où son père adoptif vient d’échapper à une OPA, Léonard, fier, ambitieux et impatient de faire ses preuves, manœuvre en cachette pour prendre le contrôle d’une petite entreprise en faillite. Début d’un engrenage où entre jeux de dupes, lutte de pouvoir, conspirations, faux-semblants et mensonges, tout ne peut que mener à une tragédie…
Du strict point de vue de l’adaptation, le film de Desplechin est déjà une réussite. Bien que concentrant l’action en une poignée de lieux (la propriété des Jurrieux principalement), nous sommes à des années-lumière d’un banal théâtre filmé grâce à la fulgurance de la mise en scène où la caméra à l’épaule, dynamique et proche des protagonistes, imprime un mouvement perpétuel au récit. Certaines digressions spatiales (voiture, bois, sous-marin) ou narratives (le flash-back sur la mère de Léo ou les histoires du domestique Jonas) aèrent certes l’histoire mais le plus passionnant est dans la matière même de la pièce, drame puissant aux dialogues superbes et marquants. Transposée de Londres à Paris, c’est d’abord une fenêtre grande ouverte sur les milieux capitalistes, sur la lutte entre hommes d’affaires prêts à tout et inhumains, où trahisons et arrivisme détruisent son prochain ou soi-même, dans un monde en guerre perpétuelle. Mais c’est aussi et surtout l’histoire d’une homme, Léo, écartelé entre son ambition et son amour pour son père, puni pour sa fierté et son innocence, figure tragique et shakespearienne (Hamlet, c’est lui), piégé dans un univers qui broie les plus faibles, sombrant dans la déchéance en emportant tout avec lui…



Deuxième élément du titre, le « en jouant » ; c’est l’aspect documentaire du film, Desplechin insérant régulièrement (en s’amenuisant tout du long néanmoins) des extraits des répétitions filmées en DV : discussion autour de leurs rôles, acteurs se frottant à leurs monologues dans un entrepôt désert, appréciations et commentaires du metteur en scène… C’est un aspect du film qui surprend un peu au départ, mais qui se fond totalement dans son rythme, au gré parfois de raccords brusques au sein d’une même scène. Plus que l’aspect caché d’un travail théâtral qui passionne visiblement Desplechin depuis le précédent et splendide Esther Kahn, cette vérité nue d’un travail qui se construit petit à petit sert aussi de mise en perspective de la comédie humaine qui se trame dans la pièce de Bond : ces acteurs qui se fondent dans leurs rôles, jouant un personnage, souligne justement le mensonge profond de ces derniers dans l’histoire, qui n’ont de cesse de se cacher derrière des masques…
C’est lors d’une de ces répétitions que l’on entend Desplechin s’écrier que « ça manque de filles ! ». Beauté du work-in-progress qui voit alors l’apparition d’une Ophélie tout droit sortie d’Hamlet pour féminiser tout ça et filer encore un peu plus la métaphore shakespearienne. Anna Mouglalis, mal à l’aise, minaudante, fait ce qu’elle peut mais ne peut transcender l’artificialité d’un personnage qui s’affiche comme tel, bancal parce que n’ayant aucun réel poids dans le drame qui se noue. Cette maladresse n’est même pas un défaut au sein d’un film qui semble trop intelligent et risqué pour afficher une faiblesse comme celle-ci sans pouvoir s’en remettre. D’autant que le reste de la distribution est magistrale. Il y a Jean-Paul Rousillon, imposant patriarche épatant de force débonnaire ; Laszlo Szabo (dont c’est déjà la 3ème collaboration avec Desplechin) aussi fidèle bras droit que honteux comploteur mû par la cupidité ; ou encore Wladimir Yordanoff, souvent vu aux côtés de Bacri-Jaoui et ici étonnant en figure machiavélique blafarde et fantomatique.
Il y a aussi Hyppolyte Girardot, qui emporte le film à chaque apparition : grotesque et flamboyant, PDG déchu, loser, joueur et alcoolique, honteux de sa propre duplicité mais bouffon magnifique, chacune de ses scènes, chacune de ses répliques est un régal, en particulier sa confrontation avec Léo, sur une estrade de fortune, lui renvoyant à la figure sa propre culpabilité ("c’est cruel d’être innocent à ce point…").
Il y a la révélation Bakary Sangaré, acteur d’origine malienne, pensionnaire de la Comédie-Française, comédien shakespearien dans les mises en scène de Peter Brook ; ici, il est Jonas, ancien militaire passé en court martial devenu domestique des Jurrieux, témoin de la conspiration et de la folie des hommes, lui-même un peu fou et porteur de mensonges, de secrets et d’histoires non pas dans le ventre d’une baleine mais dans celui d’un sous-marin, faux frère et vrai damné, victime des agissements des forts jusque dans leur pulsion de mort…

Et finalement, il y a Léo. Celui qui rassemble tous les fils, que ce soient ceux narratifs, reliant ainsi tous les personnages ou ceux du titre, permettant la fusion limpide en un seul film d’un triple courant cinéma / théâtre / documentaire. Un film exigeant et malaisé certes, dans son pessimisme et l’antipathie que provoque ces hommes. Mais un film ambitieux et résolument moderne, animé d’une énergie déconcertante, objet hybride aux niveaux de lecture multiples, fascinant de bout en bout comme on en voit si peu dans le paysage cinématographique français actuel.
Léo. Léonard. Hamlet. Magnifique personnage tragique d’un fils qui en vient à vouloir tuer son père plutôt que de le décevoir. Un fils anéanti dans son âme, auquel Sami Bouajila, exceptionnel et bouleversant, lui donne une intensité dont on ne le savait pas capable. L’étonnante réussite de ce Léo…, œuvre complexe et admirable, lui doit alors beaucoup pour cette impressionnante incarnation…

"J'ai dit que je ne t'avais pas tué, père. C'est un mensonge… Tu es mort. Et moi aussi... Tu te promènes et tu respires mais je t'ai tué… J'ai pénétré à l'intérieur de ta peau. C'est là que je suis assis à présent - et tes os sont en moi comme s'ils avaient été emballés dans le mauvais paquet. Je t'ai tué pour te démontrer que j'étais capable de prendre ta place… J’ai gagné le droit de prendre ta place, je peux vivre pour toi. A qui d'autre pouvais-tu confier ta compagnie sinon à un assassin ?"

posted by godspeed | 10:02 |


13.2.04  

Benabar au Grand Rex

Alors ça y est, finalement, on y est. C'est que la file d'attente était longue et qu'on se demandait comment on pouvait caser tout ce monde dans une salle de cinéma. Certes une grande salle, mais quand même. Monsieur Godspeed me dit qu'ils ont dû enlever les sièges en bas. Dans une salle de spectacle, ok, d'ailleurs quand j'avais vu en 2002 Benabar à l'Olympia, il n'y avait plus de sièges en bas. Mais dans une salle de ciné, c'est carrément impossible. Non, en fait, c'est juste qu'il y a trois hauteurs de fauteuils. Nous, on était au niveau intermédiaire, mezzanine, ils disent. Et après avoir avancé de dix pas tous les quarts d'heure dans un premier temps, on pénètre tout de même vers 20h45 dans la salle, dernier rang de la mezzanine, près de la porte. Bon d'accord, on va voir le bonhomme en tout petit mais on va le voir tout de même. Et 21h pétantes, le voilà qui arrive avec ses musiciens. Enfin.

"Certains matins elle révise son emploi du temps
Imagine ce qu'elle doit faire, se dit et puis non."

C'est donc avec Paresseuse, chanson dans laquelle je me suis instantanément reconnue à la première écoute du dernier album, suivie de A notre santé, une de mes préférées du précédent, que Benabar (parait que son prénom, c'est Bruno) débute le concert. Le public, conquis d'avance, rentre de suite dans l'ambiance. Ca rigole, ça tape dans les mains, ça chante ... Les musiciens, au nombre de six (un batteur, un synthé qui fait aussi du violoncelle, notamment sur la Station Mir, en solo avec Benabar au piano), un trombone, une trompette et un accordéon, qui font aussi choeurs et accessoirement flûte à bec pour remplacer des violons imaginaires sur la chanson du Slow, et deux guitaristes, électriques, acoustiques, basses, et aussi banjo, qui font aussi les choeurs.

Le chanteur nous propose ensuite une large étendue de son répertoire, d'Adolescente, seul extrait du premier album, La Petite Monnaie, jusqu'à Y'a une fille qu'habite chez moi, du deuxième album, intitulé sobrement Benabar, en passant par toutes les chansons du dernier, Les Risques du Métier, exception faite de La Coquette. Les chansons du Zoo de Vincennes et de la Station Mir ne sont pas mes préférées, moi, ma préférée, c'est Je suis de celles. Je la trouve très jolie et très touchante, cette chanson. Et j'y reconnais un peu la Nathalie que connaissait Noée, la copine qui m'accompagnait hier soir (grand merci d'ailleurs à Noée d'avoir pensé à moi, et à son frère d'avoir eu un empêchement pour l'accompagner, c'est tout de même lui qui lui avait offert les places. Merci). En revanche, Benabar a aussi joué Fanfare, la seule que je n'aime pas du tout, sur le deuxième. Trop pataude, pas subtile dans les paroles, vraiment celle-là, elle passe pas. Tant pis. Et puis il n'a pas fait Saturne, de cet album-là, que j'aime bien. Re-tant pis.

Pendant tout le spectacle, Benabar fait le clown, raconte des histoires, des bêtises avant ou même pendant les chansons. Par exemple, en intro de Monospace, il explique que pour lui, le possesseur de monospace, c'est le bon père de famille qui a notamment arrêté de fumer. Alors, il dit à ses potes qui fument :"Tu fumes trop." Mais que dit-il aux autres, ceux qui fument deux, trois cigarettes par jour, comme Monsieur Godspeed par exemple ? "Tu ne fumes pas assez" ? ou encore "Tu devrais fumer plus" ? Il n'hésite pas non plus à modifier de temps en temps les paroles des chansons, et quand c'est juste une erreur dans les paroles, il se rattrape magistralement en improvisant des explications qui ne tiennent pas debout ;) Il nous a aussi gratifiés d'une nouvelle chanson, ou plutôt d'un gag, une "chanson" sur Petit Papa Raël, qui voudrait une Barbie, mais attention, la Barbie nympho, ou alors actrice porno, ou miss météo, minijupe et talons hauts ...

22h30, on approche de la fin. Les musiciens et Benabar sortent, puis reviennent en disant qu'ils n'ont pas fait de slow. Public en délire, les filles de devant sortent le briquet ("Que celui qui n'a jamais levé de briquet en concert me jette la première pierre")), lui essaie de faire chanter le public, deux phrases, pas difficiles, mais les gens patinent sur la deuxième ;) Tout le monde se lève finalement et n'en finit pas d'applaudir. Re-sortie, on se dit que cette fois, c'est la bonne. Pas tout à fait. Retour à nouveau et là, il nous parle d'Henri Salvador, qui "quand même, à son âge, fait toujours de la scène alors qu'il devrait laisser la place aux petits jeunes" et là, il nous annonce Henri Salvador, qui vient faire avec lui Le Blues du dentiste. Re-public en délire sur ce bouquet final. Les gens sortent heureux, ils ont passé une bonne soirée. Nous aussi. Moi encore plus vu que c'était cadeau.

Et une petite anecdote, tiens, pour finir. Alors qu'on était dans la fille d'attente avant le spectacle arrivent sur le trottoir d'en face deux gamins d'une dizaine d'années qui se mettent à chanter, pour eux ... des chansons des Beatles. Non, Cathy, tu ne rêves pas, c'est bien All my loving que tu entends, là ... et avec les paroles, pas en yaourt. Comment des gamins de dix ans peuvent connaître ça. Trop curieuse de savoir, votre grand reporter Cathy traverse la rue et ca s'en enquérir. "C'est ma mère qui m'a fait connaître les Beatles, petit, m'explique l'un des deux. Je m'y intéresse depuis longtemps et connais leurs paroles." Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce gamin et son copain préfèrent les Beatles à toutes les daubes pour jeunes. Scotchée, Cathy, et admirative pour le coup.

posted by Cathy | 10:02 |


11.2.04  

Give Up, de The Postal Service



Imaginez que les allemands de The Notwist aient un cousin caché aux Etats-Unis. Imaginez que sa musique électronique un peu abstraite mais limpide, aux accents pop prononcés et charmeurs, à l’écorce sensible et romantique, trouve son pendant dans un autre projet de l’autre côté de l’atlantique. Imaginez que le formidable Neon Golden trouve son complément dans un autre disque tout aussi enthousiasmant. Alors vous aurez une petite idée des menus plaisirs que distille Give Up, premier album de The Postal Service…

The Postal Service est le fruit de la rencontre entre deux hommes : Jimmy Tamborello, tête pensante du projet électro Dntel, et Ben Gibbard, leader d’un groupe nettement plus indie-rock, Death Cab For Cutie (dont le dernier album, Transatlanticism, vaut lui aussi le détour). Leur premiere rencontre sur l’album Life is Full of Possibilities de Dntel avait accouchée d’une jolie chanson, (This is) The Dream of Evan and Chen. Les deux hommes décidèrent alors de réaliser un album complet, collaborant principalement par mails (d’où le nom du groupe), où Gibbard rajoutait textes, voix et guitares aux boucles électroniques de Tamborello.

Si l’on pouvait craindre quelque chose de totalement artificiel compte tenu de son mode de réalisation, le résultat est une indéniable réussite, une pop synthétique mélodique et sensible. Les 2 premiers morceaux du disque (qui sont aussi les 2 premiers singles) donnent le ton. Sur le mélancolique The District Sleeps Alone Tonight, les boucles électroniques se superposent et s’enchaînent sur un rythme soutenu, agrémentées d’un sample discret et délicat de cordes. En plus d’un petit solo de guitare cristalline, Gibbard, avec sa voix douce et touchante, chante un texte inspiré où le sentiment de solitude urbaine domine : "I’m staring at the asphalt wondering what’s buried underneath where I am […] I am a visitor here ; I am not permanent". Sur Such Great Heights, la formule est quasiment la même sauf que les boucles paraissent un peu plus fouettées ; les paroles quant à elles poursuivent la même veine qui parcourt la majorité des chansons, se penchant sur les joies ou petits tracas amoureux au travers de situations ou d’images simples mais symboliques ("it’s thoughts like this that catch my troubled head when you’re away, when i am missing you to death").

La meilleure chanson du disque est sans aucun doute Nothing Better, un duo entre Gibbard et la chanteuse Jen Wood : lui se lamente sur son cœur brisé et semble prêt à tout pour faire revenir sa copine (et là, refrain qui tue : "tell me am I right to think that there could be nothing better / That making you my bride and slowly growing old together"). Sa copine intervient alors pour rétablir la vérité et lui demander d’arrêter de se plaindre s’il veut guérir ("your heart won’t heal right if you keep tearing out the sutures"), et que quoi qu’il fasse, c’est définitivement fini entre eux deux ("you’ve got a lure i can’t deny, but you’ve had your chance so say goodbye") ; entre naïveté et cruauté, avec des beats synthétiques un peu dépassés et quelques cordes, la chanson est une petite merveille que l’on écoute en boucle sans jamais réussir à l’épuiser totalement…

Naïveté, c’est certainement le mot qui résume le mieux l’humeur dominante du disque, anthologie de petites ritournelles confortables et touchantes. Certes, il y a certains moments plus sombres, comme sur le très réussi This Place Is A Prison, un morceau plus atmosphérique mais surtout inquiétant à souhait, où l’obscurité semble rampante et en pleine expansion. Mais les chansons candides gardent la main, dont l’évidence mélodique est des plus agréables : on se laisse dériver avec plaisir et légèreté sur Recycled Air, jolie ballade en apesanteur ("my head’s a balloon inflating with the altitude…") ; on tourbillonne aux cotés d’orgue et d’accordéon sur le virevoltant We Will Become Silhouettes. Sans oublier l’excellent Brand New Colony, morceau dynamique et entêtant, avec quelques sonorités là aussi un peu datées mais charmantes, quelques chœurs féminins, et la voix de Gibbard qui se fait particulièrement vibrante et touchante lors du refrain : "I want to take you far from the cynics in this town and kiss you on the mouth / We’ll cut our bodies free from the tethers of this scene, start a brand new colony…"

Seules quelques petites vignettes fonctionnent moins bien que les autres : Sleeping In, petite ballade candide, qui surprend néanmoins par son couplet sur JFK ; le vain Clark Gable, de très loin la chanson la moins intéressante du disque ou encore Natural Anthem, magma sonore aux trois-quarts instrumental pas renversante. Tout ceci reste un maigre motif de réclamation au sein d’un joli album touchant de naïveté et mélodiquement attachant (il suffit de réécouter Nothing Better encore une fois pour s’en convaincre). Ce ne fut sans doute pas le disque le plus médiatisé de 2003, mais ce fut certainement l’un des plus méritants. Un disque qui fait du bien...

posted by godspeed | 10:00 |
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